L'humanité avant la politique

Bonne nouvelle d'Italie. Après une période de fermeture politique et sociale, de nouveaux scénarios apparaissent à l’horizon. L'Italie a représenté au cours des dernières décennies un pays soumis à d'énormes vagues migratoires : de nombreuses statistiques ont été partagées, ce qui a souvent favorisé une situation croissante de peur injustifiée au sein de la population. La peur de la différence et des soi-disant invasions ont favorisé la création de mouvements de pensée qui ont justifié certaines positions discutables de la composante politique italienne.

Un moment fondamental dans le débat sur l'immigration survient début août, plus précisément le 9 août 2019 : le jour où le soi-disant « Décret de sécurité bis » est approuvé par le Parlement italien. Cette loi était souhaitée par l'ancien ministre de l'Intérieur, Matteo Salvini, dans le cadre de son activité incessante de lutte contre l'immigration clandestine. Le décret contient de nombreux points que le président de la République italienne, Sergio Mattarella, a qualifié de « critiques ».

Ce décret permet notamment au ministre de l'Intérieur, conjointement avec le ministre de la Défense et le ministre de l'Infrastructure et des Transports, après en avoir informé le président du Conseil, de limiter ou d'interdire l'entrée et le transit des navires dans la mer territoriale pour des raisons de sécurité. des raisons d’ordre et de sécurité publique. En outre, une sanction pécuniaire élevée a été instaurée. Cette réponse de l'État italien et la politique des « ports fermés » ont suscité de nombreuses discussions : tout d'abord des doutes sur le respect de la Constitution italienne et des traités internationaux. En ce qui concerne les sanctions contre les navires, en cas d'atterrissage sans autorisation dans la mer territoriale italienne, selon le président Mattarella, « il ne semble pas raisonnable qu'aucun critère n'ait été introduit pour distinguer le type de navire… ou pourquoi ces personnes sont reçus à bord et transportés ». En outre, les obligations et accords internationaux de l'Italie doivent être respectés. Prenons par exemple la « Convention de Montego Bay », qui prescrit, dans l'article 98, que « Tout État devra exiger du capitaine d'un navire battant son pavillon, dans la mesure où il peut le faire sans danger sérieux pour la navire, l'équipage ou les passagers : a) porter assistance à toute personne trouvée en mer en danger de se perdre ; (b) à procéder avec toute la célérité possible au secours des personnes en détresse, si elles sont informées de leur besoin d'assistance, dans la mesure où une telle action peut raisonnablement être attendue de sa part ; c) après une collision, porter assistance à l'autre navire, à son équipage et à ses passagers et, si possible, informer l'autre navire du nom de son propre navire, de son port d'immatriculation et du port le plus proche où il appel".

 Mattarella a également mis en garde le gouvernement italien contre le risque de violation de l'article 10 de la Constitution italienne et d'autres dispositions constitutionnelles. En particulier, les deux premiers articles du décret réitèrent d'une certaine manière ces questions critiques : il réaffirme tout d'abord le respect du droit international, mais pose également des interdictions d'accès aux eaux territoriales italiennes. Ces interdictions contrastent avec le droit international et avec l'article 10 de la Constitution italienne, qui impose le respect des traités internationaux. Il y a ensuite un deuxième problème, lié à un autre article de la Constitution. Le décret aborde la question sensible de l’ordre public et de la sécurité. L'article 2 de la Constitution italienne introduit un devoir de solidarité, d'où découlent des lois qui soulignent l'obligation de sauvetage et le crime en cas d'omission : le « Décret de sécurité Bis » risque d'être en contraste avec celles-ci. L'article 2 du « Décret de sécurité bis » indique que le capitaine d'un bateau qui sauve des naufragés peut être sanctionné s'il entre dans les eaux territoriales italiennes en violant une interdiction imposée par le ministre de l'Intérieur, le ministre de la Défense et le ministre des Transports. . Ces sanctions pourraient être considérées comme inconstitutionnelles en raison du conflit avec le devoir de solidarité contenu dans la constitution italienne. Enfin, au regard du droit international de la mer et de la Convention de Genève, l'article 33 de la Convention réglemente le principe de non-refoulement du réfugié vers les frontières des territoires dans lesquels sa vie ou sa liberté sont menacées.

En Italie, selon les statistiques, non seulement il n’y a pas de sécurité d’urgence, mais il n’y a même pas de véritable problème de migrants : le nombre de débarquements a diminué et seule une partie infime des arrivées sur les côtes italiennes se font via des ONG. Malgré tout, c'était la réponse : nous ne pouvons pas nous mettre à la place de ces personnes en fuite, en transit, en migration face à des problèmes dont nous savons qu'ils existent mais que nous faisons semblant de ne pas voir ni même d'entendre. Alors pourquoi violer, ou plutôt trahir, les idéaux contenus dans les documents constitutionnels et les traités internationaux ?

Avec l'escalade rapide des événements politiques de ces dernières semaines, beaucoup de choses ont changé dans le paysage politique italien : dans la confusion générale qui caractérise le « Bel Paese », les acteurs du jeu ont changé. La question des migrants revient sur le devant de la scène. L'idée est de changer le « Décret de sécurité bis », ou du moins de le modifier, afin de faire de l'Italie un pays propice à l'inclusion sociale. Malgré cela, certains problèmes restent à résoudre, comme celui de l'Alan Kurdi : le navire de l'ONG allemande Sea Eye a sauvé, le 31 août, 13 personnes (dont 8 mineurs) en Méditerranée. À ce jour, le navire n'a pas pu débarquer tant dans le port de Malte qu'en Italie : ces éléments soulignent qu'un revirement est toujours nécessaire et dû. Malgré les compétences politiques et territoriales, la priorité doit être donnée à la vie et à son respect.

L’espoir est que nous puissions donner une nouvelle vie à la politique d’accueil, de gestion et d’inclusion des immigrés et, surtout, à une politique de « ports ouverts ». Après avoir été durement critiquées et incomprises, les ONG ont pu reprendre le travail sans aucune inquiétude, dans le plein respect des accords internationaux garantissant le respect de la personne et de ses droits.

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