Lorsqu'on leur a demandé de réfléchir à la vie dans le camp de Nea Kavala en 2021, les résidents du camp Hussain et Mohammad Jan ont évoqué quatre sujets : la construction d'un mur en béton, la modernisation des installations du camp, le retard dans le paiement des allocations et les restrictions imposées en raison à la pandémie.

Premièrement, la construction de ce mur de béton a eu lieu durant l'été suite à une série d'améliorations apportées au camp. Pour le gouvernement grec, la création de cette clôture fait partie de la stratégie de modernisation du camp et vise à accroître le sentiment de sécurité tant des résidents du camp que des communautés locales. Hussain convient que le camp est désormais plus sûr. Il mentionne qu'il y a des gardes de sécurité à l'entrée du camp 24 heures sur 24, qui surveillent qui entre. De plus, une voiture de sécurité patrouille à l'intérieur du camp. Il regrette néanmoins que la solution aux problèmes de sécurité ait été de les enfermer dans une cage. Ce mur de ciment massif coupe le bruit et bloque la vue, transformant le camp en une sorte de prison à ciel ouvert.
Malheureusement, ce mur a contribué à accroître l'isolement des habitants de Nea Kavala. Cet isolement constituait déjà un problème majeur du camp, car les transports en commun n'y accèdent pas. Souvent, pour assister à des réunions avec leurs avocats ou à des rendez-vous avec les autorités, ou simplement pour aller au supermarché, la seule solution est de marcher environ 5 km jusqu'à la ville la plus proche (Polykastro).
Concernant les conditions du camp, Hussain souligne qu'en 2021, de nombreux changements ont amélioré le camp, par exemple, les tentes ont été remplacées par des conteneurs avec cuisines et salles de bains privées. « Nous disposons désormais de la climatisation et l'électricité fonctionne bien mieux ». Il ajoute en outre qu'il y a beaucoup plus de personnes qui nettoient le camp. Mais malgré ces améliorations, Mohammad Jan regrette toujours que l'espace soit si exigu, puisqu'un minimum de six personnes doivent vivre dans chaque conteneur.

Passant aux allocations financières et aux nouveaux protocoles d'accès alimentaire, il convient de noter que depuis 2017, le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) était chargé de fournir une aide en espèces aux demandeurs d'asile en Grèce. Cependant, le 1er octobre de l’année dernière, cette responsabilité a été transférée au gouvernement grec. Malheureusement, ce changement a encombré la machine administrative grecque. Mohammad Jan décrit comment la distribution de ces allocations a été considérablement retardée et comment un système de distribution de nourriture a été mis en place pour compenser le non-paiement.
Cependant, en vertu des nouveaux protocoles, les personnes ayant obtenu le statut de réfugié ou celles dont les appels d'asile ont été rejetés ne peuvent plus recevoir d'aide financière ni accéder aux points de distribution alimentaire. Il se souvient également que, le 13 octobre, la population de Nea Kavala s'est rassemblée aux portes du camp pour protester contre ces mesures. Vous pouvez en savoir plus sur cette situation préoccupante ici.

Enfin, concernant les restrictions imposées en raison de la pandémie de COVID-19, Hussain déclare que les restrictions n'étaient pas trop drastiques car le nombre de personnes infectées n'était pas élevé. Certaines mesures imposées comprenaient le port d'un masque partout, même à l'extérieur, une limite de six personnes dans les salles de classe et la relocalisation des personnes infectées dans un conteneur isolé. Néanmoins, Mohammad Jan rappelle que le camp a été fermé pendant un mois et que les gens n'étaient autorisés à sortir au supermarché que pendant une heure.
